Pourquoi ces femmes ne partent pas ?

Cette question tombe exactement dans les idées reçues parce qu’elle laisse penser que c’est une question de volonté. La différence entre vouloir et pouvoir est de taille. Une femme peut vouloir partir et ne pas le faire pour de multiples raisons.

La difficulté du départ est liée principalement au fait que ces hommes organisent leur action, stratégiquement, pour que le départ soit impossible, ou très difficile, pour que les freins financiers, psychologiques, matériels soient tels que la femme renonce.

En France, aujourd’hui, quand on veut quitter un conjoint dangereux pour sa vie, on ne peut compter que sur ses propres moyens. Moyens dont ces hommes privent leurs proies au fur et à mesure qu’ils tissent un piège autour d’elles. Car les moyens pour partir, quels sont-ils : l’indépendance, des moyens financiers, des proches sur qui compter, un travail qui permet de s’en sortir. Et ces moyens sont plus ou moins importants selon qu’on travaille, selon le milieu dans lequel on a grandi. Quand on est une mère, on ne s’aventure, tant que possible,  pas sans être sûre de pouvoir offrir la sécurité, un toit et de quoi vivre pour ses enfants. Et l’une des raisons qui rend le départ difficile est que ces hommes leur ont fait comprendre, clairement ou en sous-entendu, qu’elles ne partiraient pas vivantes.

Partir, peut-être qu’elle l’aurait déjà fait si :

–           Il ne l’avait pas rendue complètement dépendante de lui financièrement ;

–           Elle n’avait pas à s’occuper seule de la maison et des nombreux enfants : les conduire à l’école, les nourrir, les habiller, s’occuper des devoirs, s’occuper des courses avec un budget contrôlé, laver, rapiécer, nettoyer, soigner….

–           Il ne l’avait pas convaincue qu’il prendra connaissance de la moindre de ses désobéissances. Ces femmes doivent rendre compte de leur moindres faits et gestes, sous peine de violences physiques, psychologiques…

–           Il ne lui avait pas interdit de toute relation avec sa famille et ses amis depuis 10, 20, 30 ans, sous peine de violences.

–           Il ne l’avait pas convaincue – car c’est ce que ces hommes font – que si elle lui désobéit, il rendra publiques des choses privées pour dégrader son image aux yeux de ceux qu’elle aime.

–           Il ne lui avait pas fait du chantage au suicide : « si tu me quittes je me tue ». Chantage mensonger puisque les statistiques montrent que ces tyrans tuent plutôt l’objet de leur haine qu’eux-mêmes.

–           Il ne l’avait pas convaincue qu’elle est incapable de vivre sans lui et qu’elle est indigne d’être aimée.

–           S’il n’avait pas, à la maison, des armes de chasse.

–          Si partir ne mettait pas ses enfants ou son statut parental en danger.

–          Si partir ne mettait pas sa vie en danger.

Le fait que cette idée reçue continue de circuler, alors que tant de femmes ont décrit cette réalité, est troublant. En agissant ainsi, on laisse aux agresseurs une longueur d’avance.

 

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