Que fait la société pour soutenir les femmes qui voudraient quitter un conjoint dangereux ?

Est-ce que la société les protège ?

Très peu par rapport à ce dont il y a besoin. Il existe des outils, de la main courante à l’ordonnance de protection. Mais les agresseurs parviennent à les dépasser.

Par exemple, Djeneba, soutenue par ses proches, a pu partir et être protégée par l’ordonnance de protection. Une fois que sa nouvelle vie est devenue paisible elle a cessé de renouveler cette ordonnance. C’est à ce moment-là que, de sang froid, son ex-mari est venu arracher sa vie.

Sindy, paix à son âme, a été assassinée il y a quelques jours par l’homme qu’elle voulait quitter : elle venait de prévenir la gendarmerie de son départ. En présence des gendarmes, elle a pu quitter le domicile familial. Mais devinant qu’elle allait prendre le train pour aller dans sa famille à Paris, l’homme s’est présenté à la gare muni de son arme de service et a abattu Sindi, 34 ans, puis deux de leurs enfants (âgés de 3 et 5 ans). Un témoin est parvenu à sauver la troisième. Les deux grands sont saufs, Sindi les avait confiés à ses voisins. Typiquement, la gendarmerie a minimisé la dangerosité de cet homme (peut-être parce que c’était un policier, soldarité entre pairs). Voilà pourquoi la seule solution est le départ définitif dans un lieu inconnu de tous. Ces hommes traquent leur proie.

 

La loi ne tient pas suffisamment compte de la façon dont réfléchissent ces hommes : eux traquent et utilisent tous les moyens possibles pour savoir où sont ces femmes, lorsque celles-ci parviennent à les quitter (enfants, travail, proches, réseaux sociaux). Plus la femme a de contraintes (enfants scolarisés, soignés, ressources inexistantes), plus le départ est précaire, plus l’anonymat est difficile à maintenir.

Les campagnes publiques focalisent sur la nécessité pour ces femmes de parler. C’est bien, car parler avec des tiers sur des numéros anonymes aide à sortir de l’emprise et à prendre le courage de partir. Mais c’est insuffisant : il faut que les garanties de sécurité soient organisées à l’extérieur. De l’intérieur de ces prisons domestiques, il est extrêmement dangereux et difficile de préparer un départ. Les techniques d’interrogatoires de ces hommes sont si terrifiantes qu’avouer des choses que l’on n’a pas faites pour avoir le droit de dormir ou échapper à une torture peut sembler une solution temporaire. Le régime auquel sont soumis ces femmes est celui de la terreur. Pourtant, telle que la loi est faite, une plainte ne découle pas sur la mise en détention immédiate de ces hommes. Détention provisoire immédiate, c’est ce qui se pratique pourtant pour tout un tas de délits, de la possession de drogues à l’insulte à agent.

Est-ce que la société met à disposition de ces femmes des logements où vivre en sécurité ?

Très peu par rapport à ce dont il y a besoin. Ce sont des associations qui pallient les manques de l’Etat et des collectivités. Et le message de ces associations est le suivant : si vous avez des proches prêts à vous financer, vous avez une chance de partir. Sinon, vous allez devoir attendre qu’une place se libère dans un foyer d’urgence. Et ces places sont rares. Et plus une femme a d’enfants, plus les places sont rares. Ca fait beaucoup de si, donc.

Les réponses, si elles existent, sont donc très insuffisantes et inadaptées à la situation très complexe de ces femmes. Pour elles, partir c’est partir en ne se mettant pas en danger, en ne risquant pas d’être retrouvées, en ne risquant pas de se mettre et de mettre leurs enfants à la rue, en ne risquant pas de se faire enlever les enfants parce qu’on ne peut pas les nourrir ou les scolariser.

 

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